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van der BURG

  • 5 août
  • 7 min de lecture

Bregtje et Hendrikje van der BURG Numansdorp, XVIIIe siècle


Le challenge d’écriture des « Rameaux cachés » nous invite à explorer (et si possible à faire grandir) les branches de notre canopée généalogique.


En reprenant de manière systématique la 9e génération de ma branche maternelle en vue d’un article bilan & statistique, je trouve deux ancêtres nées dans la paroisse de Numansdorp dans les années 1730-1750, et portant toutes deux le nom de van der BURG :

  • Bregtje van der BURG est ma sosa 429 et fait partie de la branche RAAP – ascendance de la mère de mon grand-père ;

  • Hendrikje van der BURG est ma sosa 497 et fait partie de la branche van der WELLE – ascendance de la mère de ma grand-mère.


Roue des ancêtres, 9 générations
Roue des ancêtres, 9 générations. Généatique

Me voici donc à la recherche des ancêtres communs de ces deux femmes de ma généalogie.

Lorsque je reprends mes recherches, voici ce que je sais de leurs familles :

  • Arbre de Bregtje
  • Arbre de Hendrikje


Il ne me faut pas longtemps pour trouver le lien de parenté entre Bregtje et Hendrikje : Bregtje est tout simplement la nièce de Hendrikje :


  • Arbre des van der BURG
  • Arbre de parenté de mes grands-parents



Je vous convie donc aujourd’hui à un voyage dans la seigneurie de Cromstrijen aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Nous sommes dans la province de Hollande-Méridionale, sur une île appelée Hoeksche Waard.





Sommaire :


« La seigneurie de Cromstrijen est un territoire relativement jeune. Il y a cinq siècles, la majeure partie de son territoire était constituée d’eau et de marais ; les rares habitants étaient dispersés sur des terps[1]. Ce n’est qu’à partir de 1539 que les premières digues sont élevées et que les seigneurs de Cromstrijen fondent le village de Klaaswaal dans le polder nouvellement aménagé. Suite à plusieurs autres endiguements, un second village est construit en 1642 dans la seigneurie : Numansdorp[2]. »



La vie quotidienne dans le Hoeksche Waard – XVe-XVIIe siècles


Les « Dix-Sept Provinces », également appelées « Pays-Bas bourguignons », sont unifiées depuis la fin du XIVe siècle par les ducs de Bourgogne. Ce territoire correspond aux Pays-Bas modernes, à la Belgique, au Luxembourg et au nord de la France.

Dans la seconde moitié du XVe siècle, Charles le Téméraire accomplit un important travail d’unification des institutions. En 1477, peu de temps avant son décès, il marie sa fille Marie de Bourgogne à Maximilien d’Autriche.

À la mort de Marie en 1482, les Pays-Bas bourguignons passent à la maison des Habsbourg.


En 1492, Maximilien, bientôt empereur du Saint-Empire romain germanique offre, en remerciement de ses bons et loyaux services, la seigneurie de Cromdijken à Gerard Numan – ce dernier est alors secrétaire de Maximilien Ier, après avoir été celui de Charles le Téméraire en 1477.



  • Carte de la région de Piershil vers 1515
    Carte de la région de Piershil vers 1515
  • Carte de Hollande-méridionale, 1835
    Carte de Hollande-méridionale, 1835

À gauche, carte des prés-salés et des criques de la région de Piershil, avant la construction des polders, vers 1515. L’emplacement de cette région est matérialisée par le rectangle bleu sur la carte de Hollande-Méridionale de 1835, à droite.


En 1500, les paysages du Hoeksche Waard sont constitués de prés-salés (gorzen), de criques (kreken), de slikkes (vasières littorales) et de roseaux et joncs (rietplanten).

La vie des habitants est conditionnée par les caprices de la nature : on se souvient encore aujourd’hui des terribles inondations de la Sainte-Elisabeth qui, en novembre 1421, ont rayé de la carte 23 villages, englouti 2 000 personnes et complètement redessiné le paysage de la région.


Raz-de-marée de la Sainte-Elisabeth
Raz-de-marée de la Sainte-Elisabeth, 18 novembre 1421. Huile sur bois, vers 1490. Rijksmuseum SK-A-3147-B



Cette peinture témoigne du raz-de-marée de 1421 : au premier et au deuxième plans, les habitants essaient de se sauver et de sauver leurs biens dans des bateaux, les flots emportent les personnes et le bétail noyés ; à l'arrière-plan à droite, on voit la rupture de digue.













Les habitants subsistent difficilement de culture vivrière et de pêche.

L’extraction du sel de tourbe[3] est également une activité importante pendant tout le Moyen Âge et le début de la période moderne : la tourbe est extraite des marais (au centre du panneau ci-dessous) , séchée, puis brûlée (à gauche). La cendre est ensuite récoltée et mélangée à leau de mer, portée à ébullition dans les granges à sel (à droite). Une fois leau évaporée, on peut récolter le sel.

Les étapes de la saunerie en Zélande, vers 1540. Huile sur bois. Musée municipal de Zirikzee
Les étapes de la saunerie en Zélande, vers 1540. Huile sur bois. Musée municipal de Zirikzee


Klaaswaal, Anne Catharina Brouwer, 1793. RP-P-1905-3912
Klaaswaal, Anne Catharina Brouwer, 1793. RP-P-1905-3912

Cinquante ans plus tard, suite aux endiguements, le paysage a drastiquement changé : il est désormais rythmé par les digues, les rangées d’arbres, et de longues bandes de terres.

Le quotidien des habitants de cette région jusqu’alors reculée va également être bousculé par l’arrivée de seigneurs étrangers qui vont régenter leur vie.


En 1539, le village de Klaaswaal est fondé ; très vite un moulin à grains est construit, puis une église en 1566. Les nouveaux polders comptent à cette date déjà 11 fermes, et le village 25 maisons.




Numansdorp – XVIIe-XVIIIe siècles


Au début du XVIIe siècle, la population de Klaaswaal croît fortement, jusqu’à dépasser 670 habitants en 1622.

Les seigneurs décident alors de fonder un nouveau village, grâce à la construction du nouveau polder Numanspolder – un village qui sera situé en bord d’eau.

Dans un premier temps, les seigneurs baptisent le nouveau village « Cromstrijen », du nom de la seigneurie – ce qui porte à confusion. Très vite, l’usage de Numansdorp se répand, du nom du premier seigneur de Cromsdijken.

Les habitants choisissent un nom encore plus pragmatique : leur village étant situé près de l’écluse extérieure, ils l’appellent Buitensluis (écluse extérieure).


  • Page de garde du premier registre paroissial
    Page de garde du premier registre paroissial
  • Gravure de Anna Catharina Brouwer, 1793

« Registre paroissial de Cromstrien, où sont inscrits les noms des personnes décédées, des baptisés, des personnes ayant fait publier leurs bans de mariage et de celles dont le mariage a été célébré », Pasteur Johannes Crucius. Nationaal Archief 3.04.16.103

« Dans le pays de Streien, pour ses beaux villages réputé,

Buitensluis fait figure de bijou ; Il arbore ce titre depuis cent cinquante années,

Et sa tranquillité sereine chaque patriote loue. »


Fondé en 1642, Numansdorp est un village typique qui s’organise autour de quelques rues : la Voorstraat (rue principale) avec ses auberges, la Torenstraat (rue de la tour) et la Kerkstraat (rue de l’église) avec bien entendu son église au bout (construite en 1653). Un premier moulin est construit dès 1647.

  • Église de Numansdorp, 1653
  • Deuxième moulin de Numansdorp, 1707-1953


Les van der BURG de Numansdorp


Parmi les premiers habitants de Numansdorp se trouvent quelques uns de mes ancêtres.

Ils s’appellent van der BURG, de JONG ou encore KOUWENHOVEN.

Ils arrivent de ‘s-Gravendeel (près de Dordrecht), Zuid-Beijerland, dans la seigneurie voisine, ou de Made, au nord de Breda.

Ils s’installent dans le nouveau polder de Cromsdijken dès les années 1660 pour certains.


Carte de migration
Les paroisses d'origine de mes ancêtres ayant vécu à Numansdorp aux XVIIe et XVIIIe siècles. Réalisée avec Google Earth


  • La première ancêtre dont je trouve la trace dans les registres paroissiaux est Hendrikje Jaspersdochter KOUWENHOVEN, née en 1671.

    Ses parents, Jaspert Huibrechts KOUWENHOVEN et Fijtje Pieters sont installés depuis au moins deux ans dans la paroisse : une première Hendrikje y est née deux ans plus tôt déjà, en 1669. Mon ancêtre est ainsi baptisée du nom de sa sœur aînée décédée.

Baptême de Hendrikje
Baptême de Hendrikje, le 1er mars 1671. Nationaal Archief, 3.04.16.103_1.I_0028

Hendrikje épouse en 1691 Jasper Pieterszoon van der BURG, originaire de Made :

« Jasper Piet. van d. Burg, [jeune homme] de Made, avec Hendrikje Jaspersd. Couwenhoven, [jeune fille] de Numansdorp, mariés ici le 11 [novembre 1691] ». Nationaal Archief, 3.04.16.103_1.III_0040
« Jasper Piet. van d. Burg, [jeune homme] de Made, avec Hendrikje Jaspersd. Couwenhoven, [jeune fille] de Numansdorp, mariés ici le 11 [novembre 1691] ». Nationaal Archief, 3.04.16.103_1.III_0040

  • Leur fils Pieter van der BURG Jasperszoon naît en 1696.

On lui connaît quatre frère et sœurs, nés entre 1692 et 1701.


Pieter se marie en 1718 avec Heiljtje van ES, originaire de Klaaswaal. Ils ont un fils, Jasper, baptisé en décembre 1718.

Dès l’année suivante, au mois de mai, Pieter épouse en secondes noces Lijsbeth de JONG, originaire du proche village de Zuid-Beijerland – sa première épouse est peut-être morte des suites de l’accouchement, et le petit Jasper meurt avant l’âge de 4 ans.

Ensemble, Pieter et Lijsbeth ont 8 enfants, dont mes ancêtres Jasper (°1722) et Hendrikje (°1734).

Arbre de Pieter van der Burg
Arbre de Pieter van der BURG. Généatique, 2026


Pendant les années 1670-1710, le village grandit jusqu’à surpasser le village-mère de Klaaswaal – cela grâce à sa situation en bord d’eau, qui permet le trafic des bateliers depuis Dordrecht, Willemstad et Rotterdam.

La plupart des habitants vivent d’activités agraires, soit comme laboureurs (boeren), soient comme journaliers (arbeiders). Les laboureurs se consacrent à la production et délèguent la vente de leur produits à des marchands-bateliers (marktschippers) qui les exportent dans les villes pour les vendre au meilleur prix.


Cette réticence à la navigation des habitants de la région était apparemment notoire, et le poète, écrivain et naturaliste Johannes le Francq van Berkhey écrit en 1776 :

Nulle part ne trouve-t-on moindre goût pour la navigation que dans le Hoeksche Waart, nulle part ne sait-on aussi peu pêcher que dans le Hoeksche Waart.[4]

En 1711, Numansdorp obtient l’octroi pour un marché aux chevaux, puis pour un marché aux bestiaux hebdomadaire pendant les mois d’été.

Malheureusement une série de catastrophes naturelles va porter un coup dur à la prospérité économique du village.

Dans les années 1740, la république des Provinces-Unies est frappée par une épidémie de peste bovine[5] qui entraîne le déclin du marché de Numansdorp, et la seconde épidémie de peste bovine de 1769 y porte un coup fatal.

En l’espace d’un an, les trois-quarts du cheptel meurent. Beaucoup de laboureurs se reconvertissent alors dans la culture de la pomme de terre et des céréales.


Peut-être Jasper van der BURG a-t-il lui-même opéré cette reconversion.

Il épouse Iefje de JONGSTE en 1747 ; le couple a quatre enfants entre 1748 et 1758, dont mon ancêtre Bregtje, née en 1753.

Il a donc été le témoin direct de tous ces chamboulements.


Quant à la sœur de Jasper, Hendrikje, elle traverse le Haringvliet pour épouser Willem de VOS, natif de Ooltgensplaat (Goeree-Overflakkee). Le couple y vivra jusqu’à son décès, à la fin des 1780, avec ses 6 enfants.


C’est également sur l’île de Goeree-Overflakkee que Bregtje vivra sa vie d’adulte : elle épouse en 1775 Corstiaan ROMEIJN et le couple s’établit à Den Bommel, près de Ooltgensplaat, au début des années 1780. C'est là qu’elle décède en 1794, âgée de seulement 39 ans.


  • Lignée de sosas BRINKMAN - vd BURG
  • Lignée de sosas PAASSE - vd BURG

NOTES


[1]« Un terp (du néerlandais, pluriel terpen, en allemand Warft) désigne une élévation artificielle construite par lhomme afin daccueillir un habitat protégé de leau et en particulier du mouvement des marées dans les plaines littorales. » Article «Terp » de Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Terp [consulté le 16 juillet 2026].

[2] Arjan NOBEL, Besturen op het hollandse platteland : Cromstrijen 1150-1780 [Gouvernement dans la campagne hollandaise : Cromstrijen 1550-1780], Walburg Pers, 2012. P. 16, traduction personnelle. Accessible sur https://hdl.handle.net/1887/19151.

[3] J.A. Van HOUTTE, « Le sel dans les Pays-Bas Bourguignons au Moyen Age et au XVIe siècle ». Horizons marins, itinéraires spirituels (Ve-XVIIIe siècles). Volume II., édité par Henri Dubois et al., Éditions de la Sorbonne, 1987, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.25941 [consulté le 18/07/2026].

[4] Cité dans Arjan NOBEL, op. cit. p. 48.

[5] Je vous renvoie, sur le sujet des épidémies et catastrophes naturelles qui touchent la région au XVIIIe siècle, à mon article « Lijsbeth BOS ».

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