Lijsbeth BOS
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sosa 1007 – °1718 +1758
En mars dernier, nous partions à la rencontre de ma plus ancienne ancêtre connue en remontant ma lignée de fille en mère (lignée cognatique).
Susanna BERK vivait à Sliedrecht, village de l’Alblasserwaard, au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles.
Aujourd’hui, c’est à sa fille aînée, Lijsbeth BOS, que nous nous intéressons.

Lijsbeth est baptisée le mercredi 23 février 1718 dans le village de Sliedrecht.
Elle est la fille aînée de Adriaan Teuniszoon BOS et Susanna Johannesdochter BERK.
Les témoins de baptême sont Antonij BERK (son oncle) et Susanna Mathijsdr BERK (sa grand-tante maternelle ? une tante au second degré ?).
Comme la majorité des habitants de la région de l’Alblasserwaard, la famille de Lijsbeth est pauvre.
L’Alblasserwaard est une région entièrement encerclée par des digues : ces régions endiguées sont appelées waard, et celle-ci porte le nom de la rivière qui coule en son centre : l’Alblas.
La région est soumise à de fréquentes inondations, aux conséquences plus ou moins lourdes ; les terres ne sont pas idéales pour les cultures – bien que la région soit réputée pour sa culture de la moutarde. Les sources de revenus sont essentiellement l’élevage de vaches laitières et un peu de pêche de rivière [1].
Sliedrecht est par ailleurs un centre de fabrication de cerceaux et, plus généralement, de travail de l’osier. Les branches épaisses servent à renforcer les tonneaux ; les treillis d’osier servent à renforcer les digues. C’est ainsi que de plus en plus d’hommes trouvent du travail à l’entretien des digues (dijkwerker) [2].

Sliedrecht se trouve à une altitude d’un mètre environ : le village est construit le long de la digue (lintbebouwing) qui borde la rivière Merwede (delta de la Meuse et du Rhin), au sud de l’Alblasserwaard.
Les terres à l’intérieur du waard sont situées sous le niveau de la mer, jusqu’à moins deux mètres.
On voit nettement la configuration linéaire du village de Sliedrecht sur cette carte : les maisons longent la digue de part et d’autre de l’église. ☛
Lijsbeth perd son père très jeune : elle n’a que 8 ans lorsque sa mère et son beau-père, Cornelis van ASPEREN, accueillent leur premier enfant, en 1726.
Cette même année, l’Alblasserwaard subit une importante inondation, suite à des ruptures de digues. Ces inondations appauvrissent durablement les habitants de la région.
En 1740, fortes pluies, nouveaux débordements du Rhin, de la Meuse et de leurs nombreux affluents, ruptures de digues – c’est la seconde inondation de la nuit de Noël (tweede Kerstvloed) [3].
Ces importantes inondations font suite à une série de catastrophes naturelles et agricoles – mauvais été, rudes hivers...
Un témoin de l’époque écrit :
[Les inondations de 1726 ont] tellement appauvri les habitants que, nonobstant leur ardeur à l’ouvrage, ils n’ont pas réussi à se relever des dégâts, et maintenant ils sont ruinés par cette terrible inondation. » [4]
Sur cette gravure illustrant les inondations de 1740-1741 sont représentés les dégâts subis par la population :
37 – l'eau monte tellement qu'elle passe par-dessus les digues ;
39 – des gens se réfugient dans les arbres et sur les toits ;
43 – des habitants sont évacués de leur maison par le toit ;
45 – des vaches nagent ;
48 – un bébé flotte sur l’eau dans son berceau ;
49 – les digues servent de refuge aux habitants et au bétail, entassés dans des tentes ;
50 – les biens des maisons sont emportés par le courant ;
52 – des embarcations sont chargées de pain et de denrées, afin de venir en aide aux population dans le besoin.
Un auteur anonyme écrit :
[Aucun désastre n'a occasionné autant de difficultés que le] misérable et rude hiver de l’année 1740... En raison des pertes commerciales et du déclin de l’agriculture, les habitants des villes et les fermiers étaient très affaiblis. Alors que les récoltes d’hiver mouraient sur pied, les terres restèrent inondées pendant le printemps en raison de pluies continues ; on ne pouvait rien semer, et l’été fut court et tardif, en sorte que l’on ne put faire de récolte. [5]
Adam Sundberg analyse : « L’hiver 1739-1740 a servi de catalyseur à une cascade de désastres, amplifiée par la récession agricole alors à l’œuvre et des phénomènes météorologiques extrêmes qui touchent la société néerlandaise à cette époque. » [6]
Quatre ans plus tard, c'est une terrible épidémie de peste bovine qui touche l’ensemble du pays ; la province de Hollande est particulièrement touchée.

Ce n’est donc pas sous les meilleurs auspices que débute la vie adulte de Lijsbeth.
Au début des années 1740, elle épouse Wouter de RAAT, un jeune homme originaire du village de Vianen, à quelque 35 kilomètres de Sliedrecht.

Wouter, né en 1721, perd son père Teunis de RAAT en mai 1740. C’est très certainement à cette période qu’il déménage à Sliedrecht avec sa mère, Maria van DIJK, et ses frères et sœurs cadets – au moins Geertje et Evert.
Lijsbeth et Wouter ont cinq enfants, portant tous le prénom d’un des quatre grands-parents :
Susanna en 1744 (prénom de la grand-mère maternelle) – mon ancêtre ;
Teunis en 1746 (prénom du grand-père paternel) – témoin, Maria van DIJK, grand-mère paternelle ;
Adriaan en 1751 (prénom du grand-père maternel) – témoin Neeltje BOS, grand-tante maternelle ;
Adriaan en 1752 (prénom du grand-père maternel et de son frère décédé) – témoin Neeltje BOS, grand-tante maternelle ;
Maria en 1755 (prénom de la grand-mère maternelle) – témoins Evert et Geertje de RAAT, oncle et tante paternels.
Ainsi, suivant la tradition, le souvenir des quatre grands-parents survit dans les prénoms de l’adelphie.
Lijsbeth est par ailleurs présente au baptême de son neveu Adriaan Teunisz BOS, en 1750. Son frère Teunis BOS déménage par la suite à Dordrecht, et je ne sais pas si les familles se voyaient souvent, bien que les deux lieux ne soient distants que de 10 km – toujours est-il que ni l’une ni l’autre ne seront ensuite témoins de baptême de leurs neveux et nièces.

Lijsbeth ne verra pas grandir ses enfants ; elle meurt prématurément en 1758, à seulement 40 ans.
L’enregistrement de sa sépulture nous donne quelques informations supplémentaires sur la famille : elle vivait dans la pauvreté, puisque le corps est inhumé aux frais de la paroisse (pro deo), pour cause d’« incapacité » (onvermogen). Wouter ne signe pas la déclaration, mais appose sa marque.
Je, soussigné Wouter de Raat, déclare remettre le corps de mon épouse Lijsbet Adrieaanse Bos, dans la catégorie des indigents dont acte le 19 juillet 1758 [marque de Wouter de RAAT]

NOTES
[1] « Boter, kaas en hennep : hoe de boeren profiteerden van zeevarend, Nederland, 1600-1750 » [Beurre, fromage et moutarde : comment les fermiers tiraient avantage de la navigation, Pays-Bas, 1600-1750], Canon van Nederland, https://www.canonvannederland.nl/nl/zuid-holland/alblasserwaard-en-vijfheerenlanden/boter-kaas-en-hennep [consulté le 10 avril 2026].
[2] « Malgré les hautes digues, les canaux profonds, les écluses et les dizaines de moulins à eau, les régions de l’Alblasserwaard et de Vijfheerenlanden on été inondées 33 fois entre 1373 et 1953. »
Article «Overstroming van 1726», Canon van Nederland, https://www.canonvannederland.nl/nl/zuid-holland/alblasserwaard-en-vijfheerenlanden/overstroming-van-1726 [consulté le 5 avril 2026].
[3] La première inondation de Noël (Kerstvloed) a eu lieu dans la nuit du 24 au 25 décembre 1717 et a touché le nord des Pays-Bas et de l’Allemagne ainsi que le Danemark.
[4] Europische Mercurius (1741), p. 115. Cité par Adam Sundberg, Natural Disaster at the Closing of the Dutch Golden Age, Cambridge University Press, 2022, p. 199.
[5] Beknopte beschryving, van de noodlydende en oversrtoomde landstreeken in Zuidholland, en een gedeelte van Gelderland [Brève description des régions sinistrées et inondées de la Hollande-Méridionale et d’une partie de la Gueldre] (Gorinchem: Jacob van Wijk 1741), 20. Cité par Adam Sundberg, Natural Disaster at the Closing of the Dutch Golden Age, Cambridge University Press, 2022, p. 202.
[6] Adam Sundberg, Natural Disaster at the Closing of the Dutch Golden Age, Cambridge University Press, 2022, p. 202.







Belles recherches qui permettent de bien comprendre une famille vivant en Hollande à cette époque.